« Blogalams », de Tilly

Blogalams

> Les livres : Blogalams n°1 et Blogalams n°2, de Tilly, TheBookEdition.com, 82 pages et 110 pages, 8 € et 9 €.

> Le pitch : Les Blogalams n°1, c’est vingt-six billets, parmi les cinq cents et quelques du blogue de Tilly. Vingt-six petits textes, rendus à la simplicité du noir et blanc, à la typographie, aux dimensions de la page, c’est à dire : aux charmes du livre en papier ! Les Blogalams n°2 rassemblent les comptes rendus sur Marc-Edouard Nabe publiés sur le même blog à partir de 2008 : Au régal des vermines, Nabe’s Dream, Tohu-Bohu, Inch’Allah, Kamikaze, Alain Zannini, et L’Homme qui arrêta d’écrire.

[La critique des Blogalams n°1 a été rédigée par Liliba, auteur du blog Les lectures de Lili et la critique des Blogalams n°2 par Letteratura, auteur du blog Littéraire en herbe, blogs que nous vous invitons, comme d'habitude, à découvrir. Par ailleurs, nous vous proposons également de participer, au bas de post, au débat sur "blog et publication"]

 

> Blogalams n°1, par Liliba

J’ai lu ces 26 textes, souvent très courts, sans déplaisir, mais je pense qu’ils ne me laisseront pas de trace. De nombreux textes sont des souvenirs d’enfance, remontant à la surface aux hasard des rencontres dans le métro, le bus, la rue ou au théâtre et certains portraits sont bien brossés et poétiques. Mais il manque à mon goût un fil directeur, un lien entre ces textes qui n’ont que celui de leur titre classé par ordre alphabétique, insuffisant à mon avis. D’autant plus que les mots eux-mêmes n’ont pas de lien entre eux : amour, bravo, cirque, diptère, escroquerie, marteau-piqueur ou yoyo… et donc ne favorisent pas une lecture d’un seul jet.

Il faut cependant remarquer que Tilly a une jolie plume et que certains textes sont très agréables à lire.

Ainsi Amour, le premier texte, qui fait le portrait un peu mystérieux d’un jeune homme dans le métro, dont les gambades et facéties, comme celles d’un enfant, attirent le regard des autres voyageurs. J’ai retrouvé cette ambiance d’observation silencieuse des autres qui règne dans les transports en commun, cette façon de regarder sans y toucher, de juger parfois sans connaître ni comprendre, et surtout, l’absence de communication et même de partage : car cette personne qui cabriole en souriant devrait, si ce n’est susciter le dialogue, au moins faire sourire les autres usagers… Nous n’en savons pas plus, mais je me plais à imaginer chacun dans son coin, se replongeant dans son livre ou ses pensées, en surtout ne laissant transparaître aucun sentiment, aucune émotion que ce personnage original aurait pu faire naître…

J’ai beaucoup aimé aussi Escroquerie, cette histoire du vieux monsieur à qui de malhonnêtes vendeurs fourguent de multiples extincteurs et de non moins nombreux contrats d’assurance… Un problème bien d’actualité malheureusement pour les personnes âgées naïves et peureuses…

Certains textes sont également emplis d’humour, ainsi Diptère et son nuage de moucherons ou bien Féminin, qui m’a fait éclater de rire, de même que l’histoire de la dame au Monop qui tente vainement de parler avec un homme qui s’avère être sourd comme un pot, ou encore l’histoire de l’avocat, qui porte bien son titre : Ubuesque !

Dans l’ensemble, les textes que j’ai préférés sont ceux qui touchent aux souvenirs d’enfance, comme cette peur de petite fille au manège, de même que les mamans japonaises qui disent au revoir à leurs enfants, mais passent tout de suite à autre chose dès qu’ils ne sont plus dans leur champ de vision, alors que l’enfant attend encore un signe… J’ai eu un sursaut et un petit pincement au coeur en me demandant si moi aussi, parfois, je n’agissais pas de même… La sensibilité est bien présente dans les textes de Tilly, par exemple lorsqu’il est question d’Alzheimer, mais on ne tombe jamais dans le voyeurisme, le ton reste léger.

Je pense cependant qu’il est plus agréable de lire directement ces billets d’humeur de Tilly directement sur son blog et que, présentés tels quels, cela ne suffit pas à en faire un ouvrage, même si la plume est agréable à lire. Ou alors, il faudrait ne pas le lire d’une traite comme je l’ai fait, mais déguster petit à petit chaque texte, en faisant une pause entre chaque. Je suis persuadée qu’ainsi on en retire mieux toute la poésie.

 

> Blogalams n°2, par Letteratura

Tilly est un pur trésor d’informations, ses critiques sont si complètes qu’on semble avoir lu les livres.

Dans Blogalams n°2, Tilly nous présente les sept livres de Marc-Edouard Nabe, dont Au Régal des Vermines, Nabe’s Dream, Tohu Bohu, Inch’Allah, Kamikaze, Alain Zannini et L’Homme qui arrêta d’écrire. Elle nous présente tous les livres d’une façon très singulière, elle décrit l’action, donne des citations comme exemples. Ses critiques sont d’une précision extraordinaire. La lecture de ces critiques nous donnent l’envie de lire immédiatement les livres présentés. Je trouve d’ailleurs que la forme sobre et épurée vaut beaucoup mieux que celle du blog lui-même qui comporte trop de superflu.

De plus, ce livre m’a permis de découvrir Nabe, un auteur apparemment fabuleux.  Tilly sait nous faire aimer cet auteur, en nous montrant son coté très agressif et provocateur, surtout avec Au régal des vermines qui donne une envie pressante de lire ce livre qui dénonce la société.

Ensuite, viennent les quatre tomes du journal intime de Nabe. Nabe’s Dream qui est présenté comme un roman d’aventure, et où Nabe fait des rencontres avec des auteurs, des célébrités qu’il nous présente. Tohu Bohu qui évoque certaines rencontres, mais contient aussi des notes nécrologiques, et dont Tilly nous dit qu’il est un livre qui nous ressemble, un miroir. Inch’Allah, qui décrit, de l’écriture à l’édition, le parcoursdu roman de Nabe, Le Bonheur qui ne va pas être un réel succès. Et enfin Kamikaze, qui présente ses difficultés d’après Le Bonheur, notamment  les éditeurs qui le refusent, même s’il arrive  à publier Rideau, un pamphlet contre les journalistes.

Pour finir, Tilly nous présente avec précision L’Homme qui arrêta d’écrire du même auteur. Ce livre présente un écrivain auquel l’éditeur a mis fin au contrat et qui ne peut plus écrire.

 

> Le P.S. de Vincent

Difficile de ne pas mettre mon grain de sel sur ce post.

D’une part, parce que l’idée de publier « sur papier » des billets de blogs a tout de suite éveillé ma curiosité. Les textes allaient-ils y gagner ou y perdre ? Principal danger : Internet autorise en effet une spontanéité, un relâchement de l’écriture que le papier supporte, à mon avis, plus difficilement.

D’autre part, parce que Nabe est quand-même, il faut bien le dire, le pape de l’auto-édition. Il est l’exemple même de la réussite en la matière : l’auteur qui, seul, par ses propres moyens, arrive à assurer une large médiatisation et une diffusion importante à ses livres. Cela m’intéressait donc d’en apprendre plus sur cet auteur qui, jusque là, n’avait croisé que rarement ma route de lecteur.

Concernant le relâchement de l’écriture, j’ai immédiatement été rassuré. Soit que Tilly ait soigneusement choisi (et retravaillé ?) ses textes, soit qu’elle accorde à la rédaction de son blog le soin que d’autres accordent à celle de leurs mémoires, mais ils sont impeccablement construits. Pas d’erreurs de grammaire ou de syntaxe, et surtout un vrai rythme d’écriture, avec ses rebonds, ses accélérations, ses détours et, surtout, ses chutes, généralement très bien senties.

Alors, c’est vrai, je suis d’accord avec Liliba, on chercherait en vain un fil conducteur… excepté Tilly elle-même. Le recueil me donne l’impression d’être attablé au café, avec une bonne amie qui me raconterait, comme ça lui vient, ses rires, ses rires, ses peines, ses souvenirs et même, aussi, ses faiblesses. Parce que Tilly ne triche pas : quand elle se trouve « misérable », « stupide » ou « ridicule », elle le dit franco.

Je parlais tout à l’heure de mémoires. En réalité, ces Blogalams n°1 en feraient de très bonnes. En effet, qu’est-ce que c’est, qu’une vie, à part, précisément, une collection de moments accolés les uns aux autres ? Les Blogalams,  écrits à chaud, sur le moment, sans la déformation du souvenir, permettent d’être au plus près de cette réalité, et de toucher ainsi du doigt ce qu’est Tilly, son quotidien, voir même (dans une certaine mesure) sa personnalité. A mon sens, un excellent (le meilleur ?) témoignage à laisser à la postérité.

Et les Blogalams n°2, alors ? Eh bien, je les ai lus avec l’intérêt que j’en attendais. L’effet est d’autant plus amusant que les livres sur lesquels ils portent sont essentiellement des journaux intimes, d’où l’impression d’avoir absorbé un condensé de vie de Nabe (et étant la vie que mène le Nabe en question, c’est effectivement fort de café). Mais, malgré tout, c’est quand Tilly parle d’elle-même que je la préfère. Rien que pour le plaisir de lire une phrase du type : « Qui n’a jamais eu envie de répondre une idiotie à la boulangère qui demande mécaniquement après vous avoir servi ce que vous lui aviez demandé : – Et avec ça Monsieur (ou Madame), c’est tout c’qu’y vous fallait ? »

Conclusion : j’attends avec impatience la publication des Blogalams n°3 !

 

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :

> Les Blogalams n°1 et n°2 sont en vente sur le site de TheBookEdition.com

 

> Que pensez-vous de la démarche de Tilly ?  Si vous êtes blogueur, avez-vous déjà pensé, vous aussi, à éditer certains billets de votre blog sous format papier ? Si vous n’êtes pas blogueur, pourriez-vous laisser séduire par un livre de ce genre ?

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11 Responses to « Blogalams », de Tilly

  1. SAINT-LUC dit :

    Ces critiques donnent vraiment envie de lire ces recueils. Le genre est nouveau, entre lettre et nouvelle. Sensibilité de celle qui a perçu la détresse d’enfants cherchant en vain le regard de leurs mères lorsqu’ils s’éloignent, acuité de l’observatrice du mec qui essaie d’exister dans un métro…
    La critique (je parle de celle sur Blogalam n°1) nous renvoie une impression de frais,alors qu’innocence et fraîcheur deviennent denrées bien rares de nos jours: entre un tel auteur et celui qui prend plaisir à magnifier le sadisme d’un criminel à grands renforts de seaux emplis d’hémoglobine et de pauvreté de talent,je n’hésite pas longtemps !

    Quant au débat posé par Vincent, oui, je me laisserais facilement séduire par un bouquin regroupant des « posts »; Le fait qu’il n’y ait pas de fil conducteur entre eux ne me dérange pas, d’autant que le style de l’auteur est un fil en lui-même. Par contre, je pense qu’il ne faut pas en lire trois ou quatre à la suite. Ce genre doit sans doute s’apprécier en se laissant quelques heures entre chaque chapitre.

  2. MikeB dit :

    Je suis assez d’accord avec l’avis de Saint-Luc. Le genre est assez nouveau, mais pourquoi pas ?
    Après tout, on lit et relit depuis des siècles des recueils de correspondance (Mme de Sévigné), pourquoi pas maintenant des recueils de posts ?
    Je pense même que dans 50, 70 ans quand Internet aura évolué, que de nouvelles formes de communication auront apparu, et que les blogs auront rejoint de Minitel ou le télégramme aux oubliettes de l’Histoire, des recueils de ce type constitueront des témoignages intéressants, voir amusants pour les générations à venir.
    Mais la question posée par Vincent est intéressante : Tilly a-t-elle retravaillé ses posts avant de les publier ?
    Car, dans ce cas, la valeur n’est pas tout à fait la même.

  3. tilly dit :

    Si je suis toute rouge… C’est à cause du soleil de Sicile un peu, et de vos gentils commentaires, beaucoup. Comme je suis une incorrigible fouineuse j’avais eu vent des super chroniques de liliba et littératura avant même leur publication ici :)
    Alors que dire du ps de Vincent ? J’en suis baba… Effectivement il a raison : les mots clé de l’abécédaire font comme un lexique de moi, mais je m’en suis aperçue vraiment après coup !
    Maintenant la question : est-ce que j’ai fait subir un lifting aux articles du blog ? Ben non, je suis contre le lifting… (pour tout ou presque !)
    Vous pourrez vérifier puisque j’ai indiqué les dates de publication !
    Je ne suis pas une blogueuse prolixe, je me donne le temps, et c’est vrai que je fait plutôt attention aux style et à l’orthographe, mais j’ai surtout eu un gentil et très efficace relecteur correcteur de mes tapuscrits (je suis passée du blog au livre en formatant le texte moi-même avec OpenOffice).
    Ah si j’ai un tout petit peu retravaillé « ubuesque » que j’avais écrit sous le coup de l’agacement… et j’ai changé le nom de madame Germain dans « souvenir ».
    Voilou.
    Merci de vos lectures et commentaires.
    Arrivederci ! (depuis un balcon de Palerme)

  4. Vincent dit :

    Concernant « Ubuesque », quel dommage de ne pas pouvoir connaître le nom de cet avocat qui vous a harcelé de ses messages pour que vous effaciez son nom de son blog.

    On aurait plaisir à le « googliser » pour voir à quoi il ressemble, où il travaille… et aussi s’il n’y a pas par hasard quelques blogueurs moins gentils que vous qui aient, malgré son insistance, continué à afficher tout le mal qu’ils pensaient de lui.

    Lui avez-vous envoyé un exemplaire des Blogalams en souvenir ? :)

  5. pyrausta dit :

    je suis deja allée lire quelques textes de Tilly mais j’avoue que je l’ai fait un peu vite et puis difficile pour moi de lire en continu sur l’ecran…cela dit je retournerai y jeter un oeil..
    et en ce qui me concerne les quelques textes que j’ai ecrits ou que j’ecrirai resteront tranquillement sur mon blog.je n’ai absolument aucune pretention d’ecrivain(e) (Dieu! quelle vilaine sonorité!!),ce ne sont que des exercices ..et je ne me vois pas, surtout, publier quoi que ce soit sans passer par la case « correcteur »,etant attentive et respectueuse de celui qui a le courage de me lire.

  6. tilly dit :

    et pas gourmand, si vous promettez de pas me le gâcher, je vous le prête !
    envoyez moi un message par mail (adresse sur mon blog, en bas à droite)

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