« Black Trelouzic (trilogie bretonne) », de Yann Venner

Black Trelouzic

> Le livre : Black Trelouzic (trilogie bretonne), de Yann Venner, Horizon & co, 344 pages, 18 €.

> Le pitch : Ce roman noir et multicolore qui se déroule sur trois périodes (1990-1996-2000) a pour cadre un village imaginaire du Trégor : Trelouzic.
Un tueur abject, nommé Marcel Quebir, symbole de nos peurs et de nos interdits ? (roman primeur). Un pays, l’Algérie, une femme, blessés à mort par les guerriers de l’ombre, les terroristes (roman mémoire). La dure loi des hommes confrontés à leurs vieux démons la violence et la vengeance (roman salin).

[Cette critique a été réalisée par Sandrine (SD49), auteur du blog Les pages de lecture de Sandrine que nous vous invitons à découvrir.]

 

> 3 histoires dans le même village, 3 nouvelles en quelque sorte ou 3 petits romans, mais liés entre eux, car on retrouve les mêmes personnages, et donc 3 avis différents car je n’ai pas apprécié les 3 histoires de la même façon.

> Roman primeur (J’ai bien aimé)

Un meurtre …. Des meurtres, on sait tout de suite qui est le meurtrier : Marcel. Découverte du village et de ses habitants dans cette première histoire. Ce village est profondément breton presque comme une enclave en France.

« - Québir, pas le Québir, répondit aimablement l’interrogé.
– Oh ! Pardon ! En effet ! Avec tous ces noms bretons, j’ai comme l’impression d’être en terre étrangère.
– En terre étrangère, sûrement, mon bonhomme, mais certainement pas en terrain conquis ! Pensa Marcel, offrant son regard de faux abruti à ce bâtard de Français. » p.45

Donc, Marcel est coupable mais il s’entend parfaitement à brouiller les pistes, il n’avoue rien, joue même la provocation. Deux habitants du village vont mener leur enquête en parallèle de l’enquête officielle, il faut dire que la gendarmerie du village n’est pas mise en valeur, ils nous apparaissent comme de gros bêtas alcooliques. D’ailleurs, de nombreux moments se passent au bistrot. L’auteur aime beaucoup jouer avec les mots (trop ?), certains moments m’ont paru un peu surchargés et pourtant c’est souvent très bien trouvé.

« Enfin… Quatre morts en quarante-huit heures chrono, c’est encore mieux que La Redoute, conclut-il pour détendre l’atmosphère. » p.48
« Mais l’avocat fit rire les jurés en disant : -Que celui qui n’a jamais bu, lui jette sa première bière ! » p.133

Cette histoire est bien menée même si, par moments, j’aurais voulu plus rapidement en savoir plus, mais l’auteur nous tient en haleine. J’ai bien aimé la conclusion de cette histoire qui m’a surprise.

> Roman mémoire (J’ai moyennement aimé)

Une jeune maghrébine est retrouvée noyée. Même ton humoristique pour cette histoire : « Si je deviens sourd à ce point-là, va falloir que je consulte Saint-Hoërel, le patron des durs de la feuille ! » p.166

Comme pour la première histoire, je trouve que les traits d’humour (de bistrot le plus souvent) sont un peu nombreux. Mon passage préféré dans ce « roman mémoire » est le moment où la morte nous raconte sa vie, d’autant que  j’ai appris un nouveau mot : « Prosopopée : (procédé littéraire qui consiste à donner la parole aux personnes disparues, aux morts) » p.212

Les gendarmes sont toujours bien présents et bien imbibés : « Mais qu’est-ce que c’est que ce bordel, Guillaume Tell ? hurlait Stereden, arrivé sur les lieux, dans sa Peugeot bleue au gyrophare affolé. Le Tallec, son alcoolyte, sortit du véhicule, à moitié titubant. » p.167

L’histoire a ici un aspect plus politique, car elle prend son origine pendant la guerre d’Algérie. Mais les passages avec les gendarmes avinés ont fini par me lasser.

> Roman salin (J’ai aimé sans plus)

Le directeur de l’école disparaît avec son bateau le jour de la rentrée des classes : fugue, chute, enlèvement, assassinat ? Cette fois-ci les gendarmes sont moins présents, ce qui n’est pas pour me déplaire. En revanche, de nombreux passages nous racontant rêves ou cauchemars des différents personnages m’ont un peu gênée. Cela m’éloignait de l’histoire du disparu, alors que je voulais savoir ce qu’il était devenu, il avait l’air bien sympathique, cet homme-là.

> Bilan : Je me demande quand même si l’auteur n’a pas trop forcé le trait, avec ces gendarmes alcooliques dans la Bretagne profonde, il s’en excuse d’ailleurs au début du livre, en disant qu’il s’agit n’ayant rien à voir avec la réalité. Alors pourquoi avoir autant exagéré ce point ? C’est ce qui m’a le plus dérangée dans ces histoires.

J’ai apprécié ce voyage dans la Bretagne profonde, certains personnages sont vraiment attachants et leurs relations remplies d’amitié profonde.

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :

> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Vous a-t-elle donné envie de découvrir le village imaginaire de Trelouzic ?


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3 Responses to « Black Trelouzic (trilogie bretonne) », de Yann Venner

  1. Venner yann dit :

    C’était mon premier roman, avec ses exagérations, ses digressions, ses envolées cocasses.
    Bien sûr, il a des défauts ce livre ! Mais Trélouzic, ce village imaginaire vers Lannion ( qui signifie en breton « petit endroit pas très propre » onomastique : « ic », diminutif « louz » sale, et Tré :division ecclésiastique comme « Plou » )est une trouvaille qui évite ainsi les procès !De plus, ce premier livre est suivi de trois autres, réclamés par des lecteurs qui ont aimé : « Aller simple pour Trélouzic » (chez De Borée) « La disparue de Guingamp » (chez De Borée) & « Lumière pour les oubliés » ( Ed Le Cormoran). Au total quatre romans dont les trois derniers jouent sur le cocasse et le sublime, alternant poésie, roman, théâtre, polyphonie…

  2. Venner yann dit :

    Merci à Sandrine (SD 40)qui a eu le courage de lire jusqu’au bout ce roman multicolore. La couverture est un bronze de mon frère, sculpteur à Maël-Carhaix (22340)Bretagne. Trois personnages, trois histoires, en un seul livre. C’est imprimé un peu petit, il est vrai et sandrine a bien commenté cette oeuvre. Bravo !

  3. @Yann Venner, Merci pour votre commentaire sympathique sur mon avis qui, même s’il est mitigé, n’est pas négatif loin de là. Je lis pour mon plaisir et si celui-ci n’est pas au rendez-vous j’abandonne ma lecture ce qui n’a pas été du tout le cas ici. Cette plongée dans la Bretagne profonde m’a vraiment dépaysée.

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