> Le livre : Battre Roger de Alexandre Labruffe et Benjamin Limonet, éditions D’ores et déjà, 96 pages, 10 €.
> Le pitch : Espoir déchu du tennis hexagonal, Niland est au crépuscule de sa piètre carrière. Acariâtre, détestable, paranoïaque, dopé, macho, cultivant la mauvaise foi comme il multiplie les mauvais choix, Niland joue sa vie sur ce qui pourrait bien être son dernier match à Acapulco, au Mexique, dans un tournoi de seconde zone. À l’heure de la France qui gagne et de la lassante glorification du vainqueur, ce court roman sonne comme un éloge du loser, un hommage à la France qui perd : un contre-pied à la culture de la gagne.
[Cette critique a été rédigée par Gourmandizalire, auteur du blog de Gourmandizalire que nous vous invitons à découvrir]
> De battre Roger, mon coeur s’est arrêté
En ces temps de ferveur tennistique (Roland Garros et Wimbledon ne sont pas encore si loin), quoi de moins étonnant que de lire un ouvrage à la gloire « d’un enfant de la balle ». A la gloire ?… Ou pas ! Car Niland, le anti-héros de ce livre est à la gloire ce qu’un set raté est à un match gagnant. Un non-sens, en somme.
Dans ce court roman, il en est de la mauvaise foi comme d’un credo. Tous les prétextes sont bons pour expliquer l’antijeu du ce piètre tennisman :
- Niland est un esthète qui préfère la beauté absolue du geste à la performance (mais s’il n’atteint évidemment pas la deuxième, il est encore aussi très loin de la première).
- Problème de nationalité : il est bien connu que le français est un perdant. C.Q.F.D.
- Comment ne peut-il pas se faire battre si même la terre du terrain est battue ?
J’en passe et des moins bons.
Et on le sait, du « nilandisme » au nihilisme il n’y a qu’un pas. Ce héros désespère d’être un rien, se satisfait de n’être pas moins (que rien). Il choisit de ne pas faire de choix, se perd (encore !) en conjectures plus absurdes les unes que les autres sur une éventuelle reconversion professionnelle. Autant d’excuses pour ne pas chercher à gagner.
Avec un vrai sens de la formule (« Mon psy voit des syndromes partout : c’est une maladie. » ; « Elle aurait tant eu besoin d’un don d’orgasme.» ; « Je suis à la dérive, c’est une constante chez moi. ») et pas mal de second degré (voir ce que les auteurs disent d’eux-même sur leur site internet), Benjamin Limonet et Alexandre Labruffe se régalent (et nous donc !) à réaliser cet éloge du loser, du perdant, du raté. C’est caustique, c’est drôle. Au classement ATP des écrivains, ces deux auteurs sont définitivement bien classés !
NB : La fin inattendue est un clin d’oeil (tout comme le titre) au groupe Facebook intitulé « Battre Roger Federer au tennis sur Wii sport », auquel les auteurs font référence sur leur propre page de ce même réseau social.
> Extrait :
« Les jeux défilent comme dans un mauvais rêve. Encore un ace. Je n’arrive pas à lire son service. Je n’arrive à rien. Non-match total de ma part. Je suis dans le brouillard. J’ai du mal à apprivoiser cette surface. La terre battue, ce n’est vraiment pas ma tasse de thé, ni mon pain béni. C’est ça, c’est un problème de surface. Je n’ai pas encore trouvé ma surface. Sans doute, le synthétique. Je suis très synthétique. »
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :
> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Vous a-t-elle donné envie de découvrir « Battre Roger » et le personnage de anti-héros de Niland ?
Très sympa, très vite à lire.
On ne le lit pas pour savoir la fin ,on commence on y prend plaisir et … la fin est déjà arrivée.
J’avais peur de ne rien comprendre car je n’y connais rien au tennis, mais la magie de ce livre c’est que ça parle à tout le monde je crois.
Je me suis identifié beaucoup de fois avec le personnage et je comprenais exactement ce qu’il voulait dire même si je n’ai jamais touché une raquette de tennis de ma vie.
Une jolie réussite ce livre.
Très sympa, très vite à lire.
On ne le lit pas pour savoir la fin ,on commence on y prend plaisir et … la fin est déjà arrivée.
J’avais peur de ne rien comprendre car je n’y connais rien au tennis, mais la magie de ce livre c’est que ça parle à tout le monde je crois.
Je me suis identifié beaucoup de fois avec le personnage et je comprenais exactement ce qu’il voulait dire même si je n’ai jamais touché une raquette de tennis de ma vie.
Une jolie réussite ce livre.