> Présentation: Au fil des pages de son livre, Nicolas Ross nous entraine des combats de la guerre civile, dans le sud de la Russie, à la vie difficile dans les camps de refugiés offerts par les Alliés aux blancs vaincus, pour nous conduire jusqu’au cimetière russe blanc de Sainte-Geneviève-des-Bois. Le propos de l’auteur est autant d’évoquer le destin singulier des soldats blancs que la nature et les fruits, en France notamment, de leur émigration.
[Cette critique a été rédigée par Frédéric Bey, dont vous pouvez retrouver les notes de lectures sur le site Jours de gloire que nous vous invitons à découvrir.]
> Le point de départ de l’ouvrage de Nicolas Ross est la genèse de l’Armée des Volontaires, puis le récit des campagnes dans le sud de la Russie et en Crimée, entre 1918 et 1929, pour tenter de renverser le régime révolutionnaire soviétique désormais au pouvoir à Moscou. Ces troupes, conduites notamment par Alexeïev, Denikine, Koutiepov, Drozdovski ou Markov prennent en 1920, après leur défaite, les chemins de l’exil sous l’autorité suprême de Wrangel. Ce dernier n’a de cesse de préserver leur existence en tant qu’armée organisée, afin de pouvoir reprendre la lutte dès que les circonstances le permettront.
Les Russes blancs quittent la Crimée par mer, pour être accueillis dans un premier temps à Istanbul. Avec le soutien constant de la France, qui rechigne pourtant parfois à la tâche, les Russes blancs vont être dirigés vers plusieurs destinations où ils vont séjourner plusieurs années. L’escadre russe de la Mer Noire, aux mains des blancs, prend la direction de Bizerte, grand port du protectorat français de Tunisie. La vie quotidienne et religieuse s’organise sur place et la flotte continue à manœuvrer, pour l’exercice. Mais avec la reconnaissance de l’URSS par les pays européens, le dernier vestige de la flotte finit par être dissout, ses navires dispersés ou envoyés à la ferraille. Jamais pourtant la France ne cédera aux instances des Soviétiques qui en réclament les derniers vaisseaux dans les années 30.
Sur l’île grecque de Lemnos, ce sont plus de 15.000 cosaques du Kouban qui sont accueillis dans les anciennes installations des troupes alliées. Ils sont bientôt rejoints par près de 3.000 cosaques du Don. Plus qu’ailleurs, les soldats blancs souffrent à Lemnos d’un isolement qui est jugé lancinant. Mais c’est sans aucun doute à Gallipoli où est installé le premier corps d’armée des russes blancs, que Wrangel parvient insuffler à ses troupes les valeurs qui forgeront l’avenir de l’émigration russe : « C’est largement à Gallipoli que se forgea quelque chose de beaucoup plus durable et de plus essentiel : l’autre Russie, la Russie des Russes blancs, suffisamment forte pour surmonter toutes les pressions et toutes les tentations sans perdre foi en la résurrection future de la patrie et conserver l’espoir, durant soixante-dix ans, de la fin de la dictature communiste de ce pays » (page 111).
Là plus qu’ailleurs, alors que la région est alors sous administration grecque, les Russes blancs veillent à préserver leur culture, leur vie religieuse fervente et leur motivation à lutter à l’avenir pour retourner victorieux dans leur patrie. Le sport tient également une place importante à Gallipoli, par exemple à travers une ligue et un championnat de football, pour maintenir le moral des exilés.
Mais la vie dans ces trois premières installations, bien qu’organisée dans la durée, n’en demeure pas moins provisoire. Le Russes blancs sont bientôt accueillis par plusieurs pays. Ce sont d’abord les nations slaves et orthodoxes, Serbie et Bulgarie, qui recueillent les anciens soldats de Wrangel. La Roumanie et la Grèce, orthodoxes elles aussi, et surtout la France deviennent également des lieux d’exil privilégiés. Wrangel a le temps d’organiser la ROVS (Rousskïï obchteche-voïnskïï soyouz – Union générale des combattants russes), avant de mourir à Bruxelles, en 1928, probablement empoisonné par des agents soviétiques.
Après le seconde guerre mondiale, la mainmise soviétique sur l’Europe orientale et centrale pousse encore plus les Russes blancs vers la France. C’est finalement dans le cimetière de Sainte-Geneviève-des-Bois, non loin de Paris, qu’est construite en 1961 une réplique, plus petite, du monument aux morts blancs de Gallipoli détruit par un tremblement de terre en 1940. Les temps changeant, le monument de Gallipoli est lui relevé en 2008, avec le soutien des autorités russes.
Fidèles aux valeurs ancestrales de leurs pays, les émigrés russes blancs sont désormais parfaitement intégrés dans leurs pays d’accueil et l’auteur s’attache à nous rappeler une vérité essentielle : « Il serait vraiment paradoxal qu’ont continuât en France à se contenter d’une perception incomplète, et donc fausse, du passé récent de la Russie, alors que notre pays a offert leur principal refuge aux porteurs de ses valeurs authentiques et que la terre de leurs pères a entamé un processus résolu de retour à ses fondamentaux historiques » (page 11). L’ouvrage de Nicolas Ross pallie ce risque avec sobriété et précision.
Il contient par ailleurs 20 pages de photos, souvent inédites, qui éclairent encore un peu plus le précieux témoignage qu’il constitue.
Notre histoire contemporaine est malheureusement farcie de ces attitudes égoïstes d’Etats qui soutiennent un groupe parce que ça les arrange et les laisse ensuite tomber. S’agissant des russes blancs, il semble que nous les ayons un peu mieux accueillis que certains autres, mais après en avoir laissé massacrer combien ?
Notre histoire contemporaine est malheureusement farcie de ces attitudes égoïstes d’Etats qui soutiennent un groupe parce que ça les arrange et les laisse ensuite tomber. S’agissant des russes blancs, il semble que nous les ayons un peu mieux accueillis que certains autres, mais après en avoir laissé massacrer combien ?
Voilà un ouvrage bien intéressant. Je sens que je vais me laisser tenter…