« Au sortir de l’ombre », de Syven

Editions du Riez

> Le livre : Au sortir de l’ombre de Syven, éditions du Riez, 421 pages, 22,90 €.

> Le pitch : Londres, 1889. La guilde d’Ae protège les aethrynes depuis des siècles pour qu’elles se consacrent à leur tâche : garder piégés dans leur ombre de sinistres monstres avides de massacre, les gothans. Lorsque la secte des némésis s’attaque à ces prêtresses, l’organisation est ébranlée par la traîtrise de plusieurs agents d’importance. Les traqueurs William, Christopher et Heinrich, qui sont chargés de la protection de lady Eileen pour une nuit, n’imaginent pas les enjeux de la chasse dont ils feront bientôt l’objet.

[Cette critique a été rédigée par Nanet, auteur du blog Les mots de Nanet que nous vous invitons à découvrir]

 

> L’histoire

Vous raconter l’histoire serait la dévoiler, et cela ôterait vraiment beaucoup à ce livre. Je vais plutôt vous raconter le contexte, les personnages (mais pas trop) et l’ambiance qui règne au fil des pages de ce roman. Cette entrée en matière a eu sur moi l’effet escompté, j’ai voulu tout connaitre, tout savoir. Mais je m’attendais à lire ce qui lui était arrivé, avant ce prologue. Non, cette partie de l’histoire n’a finalement pas grand intérêt et la suite nous dévoile d’autres secrets, d’autres course-poursuites, d’autres frayeurs.

Frayeur, le mot est juste. La frayeur d’Eileen et des compagnons que nous rencontrons un an plus tard n’a rien à voir avec celle connue dans d’autres livres fantasy. Ce roman pourrait rivaliser avec de nombreux thrillers ! L’auteure nous abreuve de sang, de morts, de violence tout au long des pages. On est loin des petits livres fantasy guillerets où les héros se débarrassent de leur adversaire d’un petit coup de baguette. Ici, la mort frappe et les corps saignent. Les esprits sont torturés par des actes d’une violence malsaine. Tout est noir. Sombre. Et les ombres qui rodent s’avèrent pire que nos cauchemars.

En préface, une petite ligne m’a fait sourire : « Mentez à vos enfants. Dites-leur que les monstres ne se cachent pas dans l’ombre. » (p.9) Ce n’est qu’en lisant les lignes magnifiques de ce livre que j’ai compris où l’auteur nous emmenait avec cette courte citation. Et c’est exactement l’ambiance qui vous enveloppe dans les pages du bouquin. L’ombre grandit et vous tressaillez. Le monstre y est tapi. Sentez-vous sa présence ? Il est là, juste là. Ce bruissement discret… Ce souffle sur votre cou… Une fenêtre restée entrebâillée ?

Autour de cette noirceur, de ces monstres, il y a pourtant un autre décor. Un monde particulier : Londres en 1880. Un Londres Victorien, donc, avec ces femmes portants de grandes robes aux amas de tissu sur le haut (on dirait plusieurs jupes posées les unes sur les autres ), des corsets serrés au point de ne pas vraiment pouvoir respirer et des manches longes. Il ne faut plus voir le corps… Les robes deviennent un tantinet hostiles. On imagine mal une demoiselle ainsi vêtue courir les rues de Londres ! D’ailleurs, cela ne court pas, une miss. Cela s’évanouit… mais c’est une autre histoire. Les hommes de la bonne société portent le gilet, sous un costume sombre. C’est la belle époque, c’est de là que sont sortis les principales images de Dandys et autres Vampires-chics…

Le décor, c’est aussi les rues, les monuments. Et l’auteure nous détaille tout cela, au point que l’on s’imagine très bien les lieux. C’est très visuel, jusque dans le macabre et les destructions, richement décrits.

Au milieu, gravitent cinq personnages principaux et bien d’autres que je tairais, afin de vous laisser le plaisir de les découvrir.  En fait, je ne présente que les gentils… J’ai le droit de pratiquer un peu de manichéisme, de temps en temps !

Eileen, femme superbe aux yeux pénétrants mais souvent distante et un peu froide. Elle est le centre de l’intrigue, l’aethryne que nos traqueurs vont devoir protéger. Ce terme désigne une sorte de prêtresse qui garde dans l’ombre un des dieux déchus : un Gothan. Ah, vous tiquez ? Vous pouvez… Que vous dire sans dévoiler l’intrigue ? L’auteure nous a concocté un mélange savant entre une religion biblique, quelques bribes d’hindouisme (Ganesh au milieu de Londres ! J’ai souri) et d’autres références tout aussi savoureuses. Le tout saupoudré de mysticisme, bien sûr avec des fanatiques qui n’ont rien trouvé de mieux que de vouloir trucider notre belle prêtresse et redonner sa liberté à son Gothan. Quand je dis que tous les fous ne sont pas enfermés…

Christopher, jeune homme que l’on découvre marié et père, mais qui est surtout membre de la Guilde d’Ae où il exerce en tant que traqueur avec un talent de Kynésis. C’est à dire qu’il est capable de déplacer des objets avec son mental. Pas de chichi dans la magie utilisée, pas de rayons verts ou bleus. Ici, tout se passe simplement. Ces hommes ont des talents qu’ils mettent en œuvre sans artifice. Ce jeune homme m’a beaucoup plu par sa simplicité et ses doutes. Ses angoisses aussi.

Beaucoup moins sobre, Heinrich est un manipulateur : il peut par sa pensée obliger les autres à effectuer des actes, oublier des détails… Cela se révèlera fort utile au cours de cette aventure, comme tous les talents mis en avant par l’auteure. Toutefois, ce personnage n’est pas dans mes préférés. Sa débauche m’a laissé un peu pantoise. Je conçois qu’il ait des choses à oublier lui-même, mais je n’ai pas accroché, comme souvent avec ce genre de personnages se cachant dans des vices. Toutefois, je dois reconnaitre que son amitié et les rapports qu’il entretient avec William sont vraiment très bien présentés. La confiance qu’il met en son ami est troublante. Et non, je n’en dirai pas plus. Je sais, c’est frustrant… Mais lisez donc !

Je viens d’aborder William. Ce personnage est central dans la deuxième partie du livre. J’ai adoré sa souplesse, son caractère, son devenir aussi, bien que très sombre. La relation tendue entre lui et Eileen est un des points forts de l’histoire et j’aurais été déçue de voir apparaitre une romance.

Le dernier personnage que j’évoquerai est Lisa. C’est pourtant une femme au rôle très secondaire. Toutefois, grâce à elle, l’histoire retombe un peu dans la simplicité, dans le naturel. Elle ne connait pas vraiment la Guilde, mais se doute bien qu’elle doit en rester éloignée pour sa propre survie. Son caractère entier va pourtant la pousser à des exactions qui lui couteront bien cher… Ce rôle est important dans cette histoire, car il donne une vision extérieure. Les habitants de Londres n’ont pas connaissance des événements qui se déroulent dans leur ville et cette jeune femme apporte cet éclairage. Elle ne comprend pas tout et pourtant continue d’avancer, par amour, par cupidité aussi… C’est amené avec justesse.

Vous l’aurez compris, des personnages superbes, dans un univers morbide à souhait, avec une intrigue sympathique. Quasiment un coup de cœur, donc… Il y a juste un détail qui laisse ce livre dans la catégorie des « belles découvertes ».

 

> Le style

Et ce détail, c’est le style ! Ah, moi qui prône les belles écritures, pour une fois, je vais mégoter…  C’est superbement écrit, avec du souffle, des parties bien différenciées, un jeu de bascule d’un personnage à l’autre. Jusque là, pas de souci. Non, ce qui m’a dérangé, c’est la richesse du texte. C’est extrêmement bien écrit, mais peut-être un peu trop. Du coup, cela manque de fluidité, de spontanéité, de naturel. Chaque mot semble avoir été choisi, mesuré, posé. Cela devient donc un peu lourd. Ce détail ne concerne pas l’ensemble du livre. Ce sont les passages plus « sentimentaux » qui sont concernés. Lors des moments d’action, cela s’efface. Mais c’est suffisant pour m’avoir pesé et avoir ralenti ma lecture. J’avais par moment la sensation de lire un essai et j’avoue que si j’en lis de temps en temps, c’est avec le même recul, et en posant régulièrement le livre pour souffler. C’est donc le seul petit bémol que j’ai trouvé, et c’est vrai que c’est bien maigre et tatillon…

L’histoire se déroule en quelques jours : du 8 décembre 1889 au 20 décembre pour l’action principale... Chaque journée est spécifiée, et les paragraphes sont découpés par des petites séparations, ou par des passages de textes venant en citation : Bible, encyclopédies diverses et variées, lettres, documents de cours… venant apporter un savoir sur les protagonistes de l’histoire. On apprend ainsi qui sont les aetrhynes, les Gothans, Ae, mais aussi leurs ennemis. Quelques rares flashbacks trouvent leur place dans l’histoire, mais comme pour l’ensemble, tout se lie, se noue et nous entraine…

> Au final

Un livre superbe, qui frôle le coup de coeur… Un univers créé intégralement sur des bases fantasy et de mysticisme et vraiment très intéressant. Je vous le recommande.

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait

> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? Vous a-t-elle donné envie de vous plonger dans l’univers sombre de Au sortir de l’ombre ?



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One Response to « Au sortir de l’ombre », de Syven

  1. MikeB dit :

    Belle critique, très complète, qui en dit beaucoup, mais sans trop en dévoiler. Bravo !
    D’habitude, je ne suis pas un grand amateur de ce type de livres « fanasy » mais celui-là, pour le coup, vous m’avez donné envie de le lire !

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