> Le livre : Au bout des avicennia morts d’Eric Mansfield, éditions Le Vert-Galant, 39 pages, 10 , en vente sur le site de l’éditeur.
> Présentation : Comment ne pas entendre résonner ici la phrase liminaire du célèbre Cahier d’un retour au pays natal, tel un hommage implicite rendu à Aimé Césaire, le premier à dénoncer les visions idylliques des paysages antillais comme autant de masques trompeurs destinés à cacher les ravages de la colonisation et de l’Histoire ? En 1939, les images occidentales et doudouistes paradisiaques éclataient alors avec violence sous sa plume révoltée. Soixante ans plus tard, les Antilles, devenues département français, ont ouvert leurs portes à la déferlante de la civilisation et des technologies modernes. Cependant, à l’orée du poème d’Eric Mansfield, un chant de désespoir semble à nouveau s’élever. Comme si rien n’avait vraiment changé ; ou plutôt, comme si les changements n’avaient fait qu’aggraver l’état du pays.
> Cette critique a été rédigée par Lily Tigre auteur du blogue L’Autre Tigre que nous vous invitons à découvrir]
> « Eric Mansfield nous offre à voir » : ces quelques mots sont signifiants dans le cas de ce recueil. Je me rappelle de mon choc esthétique le jour où j’ai découvert Senghor puis plus tard lorsque j’ai découvert Césaire et enfin ma prise de conscience lorsque j’ai lu les textes de Glissant. Ce n’est pas par hasard que je cite ces écrivains. Eux aussi nous offraient à voir une peinture de leur pays, un paysage tourmenté à l’image de leurs héros.
Ici, Eric Manfield nous montre la pourriture, la végétation attaquée par des insectes grouillants et pratiquement invisibles, la mangrove mourante, l’uniformisation d’une culture qui meurt et qui se pare de parfums d’essence, revêt ses atours de goudron au détriment de sa flore et de sa faune. La nature est oubliée des hommes et les hommes s’éloignent de leur nature, peu à peu les avicennia meurent et la société s’étouffe dans une végétation à l’agonie, prédisant la chute inéluctable. Nous retrouvons en fin d’ouvrage les noms scientifiques des espèces animales et végétales citées dans le recueil.
La disparition est au cœur de tout, le jeu du regard est omniprésent, le lecteur suit des tableaux allant de la végétation asphyxiée aux barriques de crabe que l’on va tuer, parfois les visions prophétiques de la mort du pays sont occultées par des descriptions réalistes de cadavres d’animaux en putréfaction. Et puis, soudain, l’oralité reprend le dessus comme des lueurs d’espoir dans le texte, car oui, parfois, la voix du poète nous donne a espérer une rémission du pays.
Des mangroves aux bois maintenant morts, en passant par la société de consommation, dans la lignée d’Aimé Césaire et d’Edouard Glissant et de sa Lézarde, un chant de révolte s’élève niant la négation d’un peuple insulaire bien souvent méprisé de la métropole. Ce long chant se résume par la phrase de Glissant :
» Notre paysage est notre propre monument :
la trace qu’il signifie est réparable par dessous.
C’est tout histoire »
> Extraits :
« Et il fout le camp le pays…
La désolation des plaines, la désolation des mornes. Au bord de la mangrove, les Avicennia morts, désolés, funèbres, figés dans leur désolation comme autant de bois morts dépossédés de leur sèves »
« Au bout des routes, des chemins, des tracées, des voies ferrées, et de tous les décombres du monde, l’uniformisation des hommes et des cultures durant des siècles et des siècles…
Je te parle d’un peuple qui hoquette
Et qui construit sa lutte
Sur le rythme même de son hoquet »
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait : 



> Au bout des avicennia morts d’Eric Mansfield est en vente directement sur le site de l’éditeur.
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