>Le pitch : « S’il vous plaît ! Permettez ! Mesdames et Messieurs !… Je suis le Prologue. L’auteur a cherché à peindre une tranche de vie. Il a pour seule maxime que l’artiste est un homme, et que c’est pour les hommes qu’il doit écrire et s’inspirer de la vérité. Plutôt que nos pauvres défroques de bouffons, considérez nos âmes, car nous sommes des hommes de chair et d’os… Allons ! Commencez ! » C’est par ces mots chantés par le Prologue dans Pagliacci, l’opéra de Leoncavallo, que j’entendis pour la première fois Alain Fondary. Je n’imaginais pas qu’ils me conduiraient à devenir l’auteur qui vous conte ici l’histoire de ce gosse destiné à devenir athlète de haut niveau et souffleur de verre, mais qui a rencontré son destin d’artiste lyrique tardivement et a débuté sa carrière à l’âge où d’autres achèvent la leur.
[Cette critique a été rédigée par Lydia, auteur du site Livres et manuscrits, que nous vous invitons à découvrir.]
> Voici une très belle biographie de quelqu’un que l’on connait peu, à part, peut-être, le mélomane averti. Si j’aime énormément la musique classique et l’opéra, j’avoue ne pas vraiment connaître mes contemporains qui s’y intéressent aussi et qui font en sorte de contribuer à la pérennité de ce patrimoine culturel.
Patrick Alliotte, élève d’Alain Fondary, rend hommage ici (si je puis employer cette formule employée, habituellement, de façon posthume) à son baryton de maître. Il le fait avec brio, s’effaçant complètement pour laisser place à son imposant mentor et à sa vie. Et c’est tout à son honneur. Cette biographie se lit de façon très fluide car écrite de façon romancée. Ceci dit, tout est vrai, rien n’est inventé et malgré cette admiration sans borne que l’on devine de la part de l’auteur, il racontera au lecteur qui, soit dit en passant, ne pourra pas refermer cet ouvrage avant la fin du récit, la vie d’Alain Fondary (les bons et les mauvais moments) et le montrera également sous ses bons et ses mauvais aspects. C’est ainsi que nous découvrirons que ses parents, Rolande et Paul, étaient souffleurs de verre. Voilà déjà ce qui explique le titre. En effet, Alain, dit « Nounours », sera également souffleur (est-ce ce qui a développé cette voix hors du commun?). Pendant la guerre, on suit avec intérêt les différents voyages de l’enfant, entre Paris et le sud de la France, c’est-à-dire entre ses parents et ses grands-parents, au gré des différents événements. Petit déjà, Alain Fondary s’intéressait au monde de l’opéra, tout comme sa famille. On suivra son parcours, de l’adolescence à la maturité. Il ne réalisera que tardivement qu’il a une voix et qu’il peut lui aussi chanter de l’opéra. C’est surtout lorsqu’il rencontra celle qu’il appelle « Biquette », Michèle, avec qui il se mariera en 1962, que son ambition verra son apogée. Il chantera avec les plus grands comme Pavarotti et sera également accompagné par « les incontournables » comme Karajan, le grand chef d’orchestre.
Alain Fondary s’occupe désormais de donner des conseils et des cours aux jeunes chanteurs. Car, non content d’être une voix unique, il est d’une gentillesse incommensurable. Toutes les épreuves qu’il a dû mener de front, notamment la mort de ses grands-parents ou encore celle de ses parents, l’ont forgé et lui ont permis de ne pas avoir la grosse tête. Doté, ce n’est pas négligeable, d’un sens de l’humour, il mentionne le fait qu’aider les jeunes est « sa dernière pierre à placer comme clé de voûte dans l’édifice de son temple musical ». Et d’ajouter : « J’ai déclaré au Grand Échiquier de Jacques Chancel que j’allais vivre jusqu’à cent quatre ans ; j’aurais l’air malin si je ne m’y tenais pas. De toute façon, je ne crois pas en la mort. Je suis mort tellement de fois en scène que lorsque la grande dame viendra me chercher, je ne saurai pas quoi lui chanter… »
C’est sur ces paroles que se termine cette très belle biographie de quelqu’un que je découvre. Et, comme je le disais, même si les aspects négatifs du personnages sont évoqués – toujours avec pudeur– comme toutes ses aventures amoureuses par exemple, on ne peut s’empêcher d’avoir de la sympathie, voire de l’estime à la fois pour cet homme au parcours atypique et pour son élève, Patrick Alliotte, chanteur lyrique et écrivain hors pair.
>Extrait :
« Nounours et Biquette décident alors de vendre l’entreprise et vont s’installer en Normandie dans la maison de Connelles. Mais Alain, pour qui tout dans cette demeure évoque le souvenir de son père, va progressivement glisser dans une déprime insidieuse et se laisser aller, traînant toute la journée en pyjama, annulant ses engagements, cependant que Michèle, pour faire bouillir la marmite, réalise de petits objets en verre ainsi qu’elle a appris à le faire en observant. Pendant une année, Alain va déserter la scène lyrique. Mais à l’approche d’une échéance importante, et avec l’aide de son épouse, il va trouver la force de se ressaisir. C’est à Issy-les-Moulineaux qu’il doit chanter Escamillo pour la première fois, à l’âge de quarante-trois ans. Il était temps ! Alain ne court plus régulièrement et son bon coup de fourchette gratifie maintenant sa silhouette d’un bel embonpoint. De plus, son crâne n’a de cesse de se dégarnir et ses cheveux blonds sont à présent clairsemés. »
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :
> Qu’avez-vous pensé de cette critique ? A-t-elle donné aux mélomanes parmi vous (et aux autres !) de s’intéresser de plus près à la vie d’Alain Fondary ?