> Le livre : Air conditionné, de Paul Guimont et Serge Travers, éditions de la rue nantaise, 90 pages, 12 €, en vente sur le site de l’éditeur.
> Présentation : Air conditionné, la comédie des temps chauds, est une pièce de théâtre en 12 scènes. Dans un futur proche, nous suivons la journée d’une famille qui survit dans un monde appelé à disparaitre.
[Cette critique a été rédigée par Enthymeme, dont vous pouvez retrouver l'ensemble des critiques sur Libfly.com]
> Air conditionné est une œuvre au grand mérite, réjouissante sur bien des points. D’abord, il est remarquable de noter que la pièce est écrite pour être jouée avant tout. Ainsi, les auteurs ont eu l’habilité d’écrire un style de scène parlé, simple et immédiatement compréhensif, sans pour autant tomber dans la cacographie malheureusement privilégiée et très à la mode dans la littérature du spectacle ces derniers temps.
Le titre de la pièce prend un triple sens révélateur. En premier lieu, ‘air conditionné’ renvoie à la climatisation, et l’illustration en couverture (un ventilateur) annonce la substance récréative et amusante de cette « comédie des temps chauds », qui allie finement traits d’esprit et situations comiques (telle l’arrivée très importune de la sœur de Luciole avec son mari). Mais si le ton est léger, le sujet de la pièce, très loin de la farce bouffonne et de la comédie burlesque, soulève la question des conséquences de l’exploitation de notre terre sur l’avenir, et de fait provoque un rire amer, un rire jaune presque beckettien, un rire désespéré.
Car, en cette fin de l’an 2049, la nature n’est plus qu’un mythe ; les températures sont insupportables, l’espèce humaine ne se reproduit plus, l’eau disparait, et l’air est régenté par une administration sans pitié qui tend à réduire les consommations en oxygène. Les personnages sont ainsi des désespérés sans lendemain (« ZACHARIE : Je sens que ma tête perd pied définitivement. Il n’y a plus qu’à attendre…et pourtant, il n’y a plus rien à attendre…si ce n’est la mort. »), qui rient de leur déliquescence et de leur propre ruine. Zacharie (le père) ironise sur son infirmité, ses enfants plaisantent sur les gélules qui leur servent de nourriture, Luciole (la mère) rit au souvenir du passé où il faisait bon de vivre… Or ces personnages sont les reflets de notre comportement présent, égoïste et sans égards pour notre Terre et les générations futures.
Dans la pièce, le conflit entre deux générations marque la culpabilité face aux désastres écologiques. De la sorte, le message vert-écologique transmis au lecteur fait mieux prendre conscience que l’air est une condition pour vivre, soit notre plus précieuse fortune, et qu’il faut agir pour conserver les richesses comme l’eau et la nature si nous voulons garder une part d’espoir pour l’avenir. La portée écologique du message est appuyée par l’avenir catastrophique annoncé dans les douze scènes (le douze est associé à l’humanité et à l’achèvement du cycle). Les auteurs laissent entrevoir une société monstrueuse régissant l’oxygène, distribuant et limitant la quantité d’air pour chaque foyer, d’où un air conditionné, administré par les impitoyables agents de l’Etat (la couverture du livre insiste sur les caractères, avec un « air » à l’agréable couleur verte, assujetti d’un « conditionné » rouge vif et agressif).
La valeur de cette pièce engagée est donc de transmettre une conscience au lecteur-spectateur, tout en ajustant les codes du genre. Plaisante, juste et sincère, Air conditionné est une pièce à lire mais surtout à faire jouer, car son inquiétant message n’en gagnerait que plus à toucher le grand public.
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait : 




> Air conditionné est en vente directement sur le site de l’éditeur.
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