« A vos caddies ! », de Patrick Ledent

A vos caddies

> Le livre :  A Vos Caddies!, de Patrick Ledent, Editions Calliopées, 247 pages,  17,20 €.

> Présentation : Une balade dans un cimetière, un pamphlet au supermarché, un ouvrier amoureux d’un poinçon, un restaurant fantastique, de la chimie un peu trop appliquée, un faubourg industriel, les tendres échos d’un bistrot, une tulipe pas comme les autres, un veuf radical, une nymphomane perverse, un tueur crépusculaire, une jeune recrue, un assassin dans la force du doute, le désespoir au lac Saint-Jean, un tour au casino, et pour finir… retour au cimetière et du boulot pour tout le monde !

[Cette critique a été rédigée par Amélie du blog  Les lectures d'Amélie que nous vous invitons à découvrir.]

 

> J’ai reçu ce recueil de nouvelles déjantées en partenariat avec Les Agents Littéraires et les éditions Calliopées, que je remercie beaucoup pour l’envoi. J’ai été assez surprise par les textes, non pas parce que cela ne correspondait pas à ce que j’attendais, mais à cause de la qualité de l’écriture et de l’inventivité, de la variété des textes. En gros, je m’attendais à des nouvelles sans doute assez drôles sur le quotidien, mais c’est tout autre chose, et bien plus encore, qu’il nous est donné de lire là.Tout d’abord, le style. J’ai été très surprise (et j’aime bien les surprises, surtout quand, comme ici, elles sont bonnes) : à plusieurs reprises, les textes sont conçus non pas comme des histoires que l’auteur raconte à un lecteur lambda, mais comme un monologue du personnage principal du texte s’adressant au lecteur, mais pas un lecteur parmi d’autres, non. A moi. Moi, personnellement. C’est tout bête, mais c’est la première fois que je vois ça. Cela donne un côté intimiste, « confidences pour confidences », que j’ai beaucoup apprécié, plus dans l’une des nouvelles que dans le premier et le dernier texte, je dirais.

Au niveau de l’écriture, l’auteur est érudit, il manie les mots avec beaucoup d’adresse et d’humour, dans une langue qui « sonne » très juste, me semble-t-il. Le résultat, ce sont des textes très divers dans l’intrigue et le style, mais toujours très bien écrits. Et ça, c’est quand même formidable, parce qu’en plus, il y a un côté jubilatoire dans cette écriture qui se ressent à la lecture… je ne sais pas trop comment l’exprimer, mais en gros, c’est ce que j’ai ressenti : une sorte de jubilation de l’auteur à partager avec son lecteur son univers.

Du point de vue des histoires, maintenant, il s’agit là d’un recueil de 20 nouvelles précédées et suivies de deux textes que je n’ai pas vraiment compris, encadrant les récits. C’est d’ailleurs le seul reproche que je fais à cet ouvrage. Ces deux textes, on dirait un peu une introduction et une conclusion, ou le bouclage d’une boucle, selon le point de vue, mais je n’ai pas bien compris le rapport qu’ils avaient avec les autres textes. C’est d’ailleurs amusant : sitôt arrivée à la fin, j’ai repris le recueil du début, parce que le dernier texte m’avait laissé une impression de « déjà lu mais pas comme ça »… assez étrange. J’ai donc voulu comprendre pourquoi, et en relisant le premier texte, je n’ai pas mieux compris. D’où ma petite réserve.

Les nouvelles, qui forment le corps de l’ouvrages, sont très diverses : policier, fantastique, humoristique, loufoque… Tout y passe, ou presque. Les personnages et leurs histoires sont hauts en couleurs, étonnants, un peu (beaucoup pour certains) frappadingues… exactement ce que j’aime. Être surprise par l’histoire, le personnage, tellement absurde ou délirant que sa réaction ne sera jamais celle que je suppose ou que j’attends parce qu’elle serait logique ou naturelle. Ici, rien de tout cela : le lecteur est emporté dans le délire de l’écrivain et part à la rencontre de personnages tous plus étonnants les uns que les autres : l’ivrogne passionné par le poinçon du bar, le meurtrier à la recherche de la parfaite lumière du crépuscule sur la Côte d’Opale, le vampire conscient du mal qu’il fait, la fleur qui cherche à conquérir le monde, le mari très conciliant avec l’amant de sa femme…  Oui, les personnages sont vraiment intéressants. Mention particulière, d’ailleurs, au tueur submergé par le doute, qui est vraiment un personnage étonnant !

Mais plus que cela, dans tous les textes, l’auteur pose des questions intéressantes et le lecteur est forcément interpelé. A son tour, il se pose ces questions sur le sens du quotidien, de ce qui paraît tellement naturel et normal à tout un chacun, et qui participe d’après l’auteur à l’aliénation des masses… Je ne saurais dire lequel de ces textes m’a le plus touchée, beaucoup d’entre eux étant marquants par la peinture de la misère humaine qu’ils font, sans pour autant tomber dans le larmoyant ou le pathos. Les histoires sont brutales pour certaines, incisives, parfois violentes, mais on sent comme un regard tendre de la part de l’auteur sur ses personnages, pauvres hères en perdition dans le tumulte de leur vie, qui rend même le pire des provocateurs touchant et sympathique…

Un grand, grand merci, donc, aux éditions Calliopées et aux Agents littéraires pour cette découverte !

 

> Extraits :

« Non ! Tu te sers de ça, toi ? Tudieu ce naturel, cette assurance un peu empressée que tu as eue en te dirigeant vers le présentoire pour saisir l’engin ! Je n’en reviens pas, une fille comme toi, si jolie, qui a l’air si gentille ! Ca te bouchbée, cette innocence presque amusée avec laquelle tu t’apprêtais à commettre une telle insanité. Faut-il que l’on t’ait battue, torturée – pardon de le dire, je ne veux pas être méchant, mais décérébrée, oui, désolé, décérébrée – pour te conduire à self-scanner ! Pourtant t’as l’air humaine, alors qu’est-ce qui se passe ? » (p. 15)

« Il y eut dix sonneries. Entre chaque sonnerie, il consultait sa montre, agité. « Mais, merde, bon sang, réponds ! Je suis foutu, moi, si tu ne réponds pas ». A la onzième, une voix d’homme, prudente, comme travestie, risqua :

–                    Allo ?

–                    Allo qui ? Soupira Jack, brusquement détendu, en regardant son épouse qui blêmissait.

–                    C’est toi Jack ?

–                    A la bonne heure !

–                    Qu’est-ce qui t’amène ?

–                    Devine !

–                    Je ne vois pas.

–                    Allons ! Ne fais pas l’innocent, Tom. J’admets ta surprise, mais enfin… on ne va pas chipoter comme ça jusqu’à la Saint-Glinglin. Alors, bref, qu’est-ce que tu comptes faire ? Parce que moi, pas question de me la coltiner tout l’après-midi.

Il y eut un triple silence, d’une belle intensité. Celui de l’épouse, stupéfaite ; du mari, goguenard, et de l’amant, sifflé. » (p. 68)

 

> Et s’il fallait mettre une note, ce serait:


Print FriendlyImprimer

2 Responses to « A vos caddies ! », de Patrick Ledent

  1. Lydia dit :

    Voilà qui a l’air bien sympathique !

  2. Alice dit :

    Bien tentant, en effet.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

*

Vous pouvez utiliser ces balises et attributs HTML : <a href="" title=""> <abbr title=""> <acronym title=""> <b> <blockquote cite=""> <cite> <code> <del datetime=""> <em> <i> <q cite=""> <strike> <strong>

Notifiez-moi des commentaires à venir via email. Vous pouvez aussi vous abonner sans commenter.

You can add images to your comment by clicking here.