« 121 curriculum vitae pour un tombeau » et « Portraits », de Pierre Lamalattie

121 curriculum vitae pour un tombeau

> Les livres : 121 curriculum vitae pour un tombeau et Portraits, de Pierre Lamalattie, L’Editeur, 448 et 144 pages, 22 € et 9 €.

> Présentation : Au cours d un trajet en voiture avec sa mère malade,  Pierre, un artiste râleur, a un déclic. Ce jour-là, il décide d’entreprendre enfin quelque chose de sérieux : peindre un cycle de 121 portraits de femmes et d’hommes de son temps, chacun représenté par une sorte de CV ; un « tombeau », au sens où l’entendent les musiciens, c’est-à-dire un hommage solennel à des personnes vivantes ou disparues. 121 curriculum vitae pour un tombeau est un roman, au style très corrosif, qui raconte l’aventure d’un peintre parti à la recherche de ses modèles. Dans Portraits, Pierre Lamalattie rassemble 121 portraits d’hommes et de femmes de notre temps : nombre d’entre eux correspondent et illlustrent les personnages imaginés dans le roman.

[Cette critique a été rédigée par Skritt, auteur du blog  Les Lectures de Skritt que nous vous invitons à découvrir.]

 

> Ce roman, indissociable de Portraits du même auteur, nous raconte comment l’artiste monte son projet, une exposition de peinture intitulée 121 curriculum vitae pour un tombeau. Dans la vie de tous les jours, son travail, ses rencontres, ses méditations, nous parvient la construction d’une œuvre contemporaine, non pas vu par un visiteur dans une galerie, mais vu par l’artiste lui-même.

Pierre est fonctionnaire dans un ministère, il travaille à mi-temps. Son temps libre se passe dans son atelier. Il s’occupe de sa mère. Célibataire, la cinquantaine passée, il papillonne d’une femme à une autre. Le roman aura eu le mérite de me faire réagir. L’idée est originale. Faire partie de l’œuvre en découvrant comment elle est composée est réellement intéressant. L’idée et la réflexion que l’auteur s’impose malgré lui est constructive et très contemporaine, d’actualité.

Mais ce roman m’a paru trop long. La moitié est superflue. Je me moque de savoir quelle huile le peintre utilise pour ses toiles et il est inutile de nous expliquer la différence entre le format A4 et A5. De nombreux paragraphes n’apportent rien à l’histoire. Heureusement que l’auteur a un atout non négligeable, il écrit très bien. C’est d’une grande fluidité et entraînant malgré son mode de vie assez casanier.

Le personnage en lui-même m’a paru antipathique. Il avoue lui-même être un fainéant, avoir un poil dans la main… et travaille dans la fonction publique. Et, à défaut d’avoir un métier constructif et épanouissant, dans lequel il se complaît, il utilise toute son énergie à créer. Il s’offusque presque que de nos jours les gouvernements prêtent moins d’importance à l’art, sans se rendre compte compte que, grâce à son emploi tranquille, il peut s’investir dans sa passion. « Fils à maman » (reproche d’une de ses conquêtes), il n’aura jamais réussi à tenir une femme longtemps, s’en lassant trop rapidement, comme un adolescent.

Grosso modo, ce roman est l’histoire d’un petit dandy sans prétention, sans ambition, un gamin qui a les moyens de pouvoir vivre tranquillement. C’est frustrant, surtout de nos jours, quand la France trime, d’autres écrivent leur totale insouciance. L’histoire bien qu’alourdie inutilement est intéressante, le personnage paradoxalement l’est beaucoup moins.

Vous l’aurez compris, j’ai un avis très mitigé sur ce roman. Autant il m’a agacé, irrité, énervé parfois, autant, j’ai apprécié de découvrir le cheminement d’une œuvre vue par son artiste, de lire certaines réflexions. Ce roman plaira, je n’en doute pas, mais décevra aussi comme j’ai pu l’être malheureusement. A lire en feuilletant Portraits qui ne peut être dissocié.

 

 

> Dans Portraits, une centaine de personnes sont passées sous le pinceau de Pierre Lamalattie pour laisser leur empreinte sur une toile, indélébile. Le peintre, contrairement aux autres peintres, écrit sur ses œuvres. Elles ne se suffisent pas à elles-mêmes, le texte ajoute la profondeur, la compréhension. Autant, comme il explique très justement, lorsque nous regardons certaines peintures, nous arrivons à capter les sentiments, les idées que leurs artistes ont voulu communiquer, autant face à d’autres, nous passons à côté de beaucoup des détails peuvent paraître insignifiants et qui, pourtant, ont toute leur importance. L’auteur ici, a voulu abolir cette frontière de l’incompréhension entre le spectateur et l’œuvre. En y ajoutant quelques mots, une phrase, il invite le lecteur à entrer profondément dans son œuvre, à découvrir toutes les facettes de ses portraits.

Les portraits sont bien réalisés et extrêmement réalistes. L’atout de ce petit livre est dans la qualité du travail du peintre. En feuilletant ce livre, on a la sensation de se trouver dans la rue, à croiser des gens différents, beaux ou laids, petits ou grands, jeunes ou vieux, à découvrir leurs pensées sur l’instant, ou leur vertu profonde, leur âme. Ce livre accompagne 121 curriculum vitae pour un tombeau du même auteur, il en est indissociable.

 
> Et s’il fallait mettre une note, ce serait :



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